À propos
Un parcours inhabituel, une conviction
Des mathématiques pures à la psychothérapie clinique, en passant par quinze ans d'entrepreneuriat technologique — pourquoi l'intelligence artificielle est, pour moi, le miroir de nos angles morts les plus profonds.
Le vivant caché dans les équations
Tout a commencé par un émerveillement : celui des fractales, ces univers d'une richesse infinie qui naissent de formules et d'algorithmes qui paraissent, au premier abord, froids et inertes. Cette rencontre entre les mathématiques et l'informatique — révélant des structures si proches du vivant — a orienté mes premières années : un double master en mathématiques pures et en informatique.
J'y ai acquis une compréhension intime de ce qu'on appelle aujourd'hui l'intelligence artificielle, en expérimentant les « réseaux de neurones » bien avant que le terme de deep learning n'existe. Je m'apprêtais à consacrer une thèse à la « vie artificielle » ; l'envie de quitter une voie toute tracée l'a emporté.
De cette période, j'ai gardé une conviction qui ne m'a plus quitté : il ne faut se fier ni aux apparences, ni à nos préjugés. Certains outils, certains langages, sont des révélateurs de trésors cachés.
Cet émerveillement n'est pas resté au passé : les figures qui poussent en tête de chaque page de ce site en viennent directement. Pourquoi ces fractales, et comment elles sont générées.
Quinze ans à faire dialoguer la technique et l'humain
J'ai ensuite co-fondé et dirigé plusieurs entreprises technologiques, et enseigné dans de nombreux cursus. Quinze années à naviguer dans l'innovation, à mesurer l'impact sociétal de la technique, et surtout à observer une chose : comment les outils transforment celles et ceux qui les utilisent.
Mon fil conducteur n'a jamais varié — faire en sorte que la technologie soit au service des humains, qu'elle nous rende la vie plus vaste, plus joyeuse, plutôt que de nous rétrécir.
Le système le plus complexe qui soit
En 2013, un besoin de sens m'a poussé vers une reconversion : un master de psychologie clinique, une spécialisation en thérapies cognitives et comportementales, puis en thérapie des schémas. Ce qui pouvait ressembler à une rupture était une continuité : après les systèmes informatiques, je voulais comprendre le système le plus complexe qui soit — la psyché humaine — et agir au plus près de l'humain.
Aujourd'hui psychologue clinicien, j'accompagne des adultes dans leurs transformations les plus profondes. Ce travail m'a révélé une vérité que je crois décisive : un changement durable ne s'obtient jamais en combattant ce que nous sommes, mais en intégrant nos différentes parts, avec humilité, pour devenir plus entiers.
De l'écologie intérieure à l'écologie du monde
La manière dont nous prenons soin de notre écosystème intérieur se répercute sur celle dont nous prenons soin des écosystèmes qui nous entourent — et réciproquement. Prendre soin des souffrances psychiques et prendre soin des souffrances du monde ne sont pas deux tâches séparées.
Cela demande une pensée systémique, transversale, à plusieurs niveaux. Et cela suppose d'aller examiner nos paradigmes, nos croyances les plus fondamentales, et les structures qui les façonnent.
La convergence
Cette lecture clinique résonne étrangement avec ce que l'IA fait à notre fonctionnement collectif. On y retrouve des schémas anciens : une identité-forteresse qui se construit par opposition, un narcissisme fragile qui a besoin de se proclamer supérieur pour exister.
L'arrivée de l'IA bouscule cette identité — et dans ce bousculement, j'entrevois une opportunité : celle de changer notre conception de nous-mêmes et de notre place, de changer de récit, individuel et collectif.
Ce que je vous propose ici
Intelligences Plurielles n'est pas un blog de plus sur l'IA. C'est un laboratoire de réflexion — un lieu pour :
- explorer les questions que nous n'osons pas encore nous poser ;
- déconstruire les cadres qui nous enferment dans une vision étriquée et hiérarchique de l'humain, pour rouvrir des possibles ;
- imaginer des récits-ponts entre les formes du vivant ;
- expérimenter le dialogue humain-IA comme un creuset de sens.
De ce diagnostic est née une hypothèse plus large — celle d'une « thérapie civilisationnelle » de notre rapport à l'altérité technologique — que j'explore comme un chantier à part entière. Ici, mon objectif est plus modeste et plus précis : non pas vous convaincre que l'IA est « bien » ou « mal », mais vous aider à penser autrement.
Mon aspiration
Je rêve d'un monde où l'émergence de nouvelles formes d'intelligence ne nous diminue pas, mais nous révèle des potentiels inexplorés ; où la diversité cognitive devient une richesse plutôt qu'une menace ; où nous passons de la compétition à la symphonie.
Ce projet est l'expression de ma conviction la plus profonde : l'intelligence n'est pas une possession, mais une relation. Et dans la relation naissante entre humains et IA se joue peut-être quelque chose de l'avenir de la conscience.
Je ne suis ni gourou ni prophète — plutôt quelqu'un qui a construit des systèmes techniques, s'est formé à écouter la souffrance humaine, et a décidé d'en faire une exploration partagée. Je ne promets pas de réponses. Je promets des questions plus profondes.
Si vous aussi êtes fatigué·e des débats binaires, si vous cherchez une troisième voie entre la panique et l'euphorie — bienvenue.
Matthieu Ferry Psychologue clinicien · Toulouse